«Too Too – Much Much»

Le travail « Too Too – Much Much » va être un travail suivant ma Guideline : « Energie : Yes ! Qualité : Non ». Il y a deux « topics » dans ce travail. Le premier lié à son motif : Les canettes, la consommation, le Trop et le deuxième topic lié au devoir de l’artiste de devoir toujours faire trop, de ne pas toucher la cible, d’aller avec son travail au-delà de la cible, de véritablement faire trop. Les deux topics – néanmoins – se retrouvent dans une Forme. La Forme « Too Too – Much Much ». La forme de ce travail est aussi un manifeste pour l’affirmation que le travail d’artiste n’est ni de la theorie ni de la pratique pur. Le travail de l’artiste doit impérativement dépasser la théorie mais aussi la pratique. Ce n’est pas une formule vide pour moi ou un mot creux. Car seulement si je tente de dépasser par mon travail la théorie et la pratique en même temps quelque chose comme une forme peut se faire. La forme donc existe par la volonté de ce dépassement de la théorie et de la pratique et ceci n’est pas possible sans sur-effort, sans mouvement hors de contrôle et sans action sans tête. Chaque action dans ce sens est une action impure mais aussi une action nouvelle. Pourquoi cette action est impure et nouvelle ? Car elle veut créer une ouverture, une fenêtre, une porte ou seulement un trou dans la réalité. Un trou dans le noyau dur de la réalité. Mais pour faire un trou dans ce noyau dur il faut utiliser la sur-force, le sur-effort et le trou ne va pas être une coupure nette et propre. C’est pourquoi ce trou est arraché et il est plus arraché si le noyau dur de la réalité est plus dur. Donc plus dur – plus impur. Et plus impur veut dire plus Art. J’en suis convaincu ! Je dois avoir le courage et la Force d’être impur, de confronter la réalité avec cette impureté et de ne pas utiliser la pureté pour m’extraire, m’évader ou éviter la réalité. C’est pour cela que pour moi Impur Réalité Art Surmenage, Dépense où « TOO TOO – MUCH MUCH » ne fait qu’une logique. La logique de se laisser dépasser. Dans « Too Too – Much Much » le motif omniprésent de la canette qui nous engloutie, qui ne laisse que rarement dépasser des objets reconnaissables, ou les canettes sur lesquelles surnagent des objets, ce motif est le motif de la surconsommation, la sur-consommation qui nous engloutie. C’est une sur-consommation joyeuse et partagée par tous. Ce n’est pas une critique. Ce n’est pas une dénonciation. Cette sur-consommation est la condition même de la volonté de faire une percée dans la réalité. Sans elle je ne me rendrais pas compte, sans cette sur-consommation je ne peux toucher le noyau dur. Mais aussi sans cette sur-consommation je ne possèderais pas la Forme qui me permets de m’y confronter en même-temps. C’est cela qui est joyeux, qui est positif et c’est cela qui m’intéresse dans mon travail – pour mon travail : Dépasser la critique en créant des formes issues elles-même de la Realité « critique ». Ce n’est pas l’equation Moins + Moins = Plus. C’est la croyance en la grâce des Formes et en leur pouvoir. C’est le mystère de l’art et sa résistance – en tant qu’Art. Dans le motif des canettes j’inclus évidemment tous les essais de se la re-approprier : de la canette agrandie transformée en meuble pour la chaîne HiFi, jusqu’à l’objet fait avec des canettes pour les enfants. Mais aussi les compétitions de « construction » ou d’empilement de canettes ou d’autres « Actes créatifs » en canettes (Arbre de Noêl). Dans ces tentatives de re-utilisation de la sur-consommation les projets et les idées sont UNIVERSELS, universels et donc nous concernant tous – ils le sont parce que partout les hommes essaient de maîtriser, de contrôler, d’économiser, de re-utiliser, de re-intégrer. C’est à la fois beau et cruel. Beau parce que ceci crée une ésthetique et cruel parce que c’est vain, gratuit, perdu d’avance car seulement une Réaction. L’action dans Too Too – Much Much consiste justement de donner une Forme à tout etendu de la canette. Du déchet jusqu’à l’essai de sa transformation entant qu’objet. Je veux qu’au travers du sur-plus émerge la volonté humaine de maîtrise, de contrôle qui est vaine mais qui en même temps crée une ouverture pour la compréhension du monde en tant qu’un seul et unique monde. Une seule et unique réalité. Un seul et unique noyau dur de la réalité.

Thomas Hirschhorn – Décembre 2008