“Livres parisiens”

Ma bibliothèque, je veux dire ma bibliothèque physique, de mon appartement à Paris, est – comme toutes les bibliothèques – une bibliothèque limitée, non-finie, non complète, non-achevée. De surcroît, elle est une bibliothèque non-congruente, non-classifiée et même non-rangée. J’aime ma bibliothèque telle qu’elle est, car j’aime les livres qui la constituent. J’aime tous les livres qui la constituent, je les aime pour des raisons diverses, pour l’importance qu’ils ont pour moi, pour leur potentiel, pour leur forme, pour les images qu’ils contiennent, pour leur couverture, même sans les avoir lus, et je les aime parce que beaucoup de mes livres sont des cadeaux qui m’ont été faits. J’aime que ma bibliothèque soit une bibliothèque ouverte, sans frontière et sans limite aucune, je la vois comme un fragment en tant que tel. Un fragment de mon expérience de la vie, un fragment de mon travail, un fragment de ma position d’artiste et un fragment de mon être ‘d’homme’ non-accompli.

J’ai fait une liste de livres que je nomme: “Livres parisiens”, c’est une liste non-finie mais précis. Les “Livres parisiens” est une liste de livres que j’ai lus à Paris, mais l’important n’est pas le fait d’avoir lu ces livres à Paris, ce qui est important c’est que je les ai tous lus! Bien sûr, ce ne sont pas tous les livres que j’ai lus à Paris, (ainsi j’ai déjà fait il y a quelques années la liste de livres “Emergency Library”), c’est un choix parmi ces livres. La liste n’est donc pas complète mais ce qui est précis dans cette liste c’est que tous ces livres comptent pour moi. J’aime ces livres et j’aime le fait de les avoir grâce à mes ami(e)s parisien(ne)s. Car ce sont mes ami(e)s qui ont écrit ces livres, me les ont offerts ou qui m’ont conseillé de les lire. C’est grâce à mes ami(e)s que ces livres comptent pour moi et c’est pourquoi tous les “Livres parisiens” sont des livres d’amitié. Je n’aurais peut-être pas lu ces livres si je n’étais pas venu à Paris, il y a longtemps, et si je n’avais pas rencontré mes ami(e)s. C’est pour cela que j’appelle ces livres, mes “Livres parisiens”. Ces livres sont:

– «L’espèce humaine», Robert Antelme, Gallimard

– «Le bleu du ciel», Georges Bataille, Gallimard

– «Qu’est-ce que la philosophie?», Gilles Deleuze et Félix Guattari, Les éditions de minuit

– «Surveiller et punir», Michel Foucault, Gallimard

– «Art et Multitude», Antonio Negri, Mille et une nuits

– «Poétique de la relation», Edouard Glissant, Gallimard

– «Le discours antillais», Edouard Glissant, Folio Essais

– «De l’idéologie», Alain Badiou et François Balmès, Yenan Synthèses

– «Petit panthéon portatif», Alain Badiou, La Fabrique

– «L’éthique», Alain Badiou, Nous

– «La relation énigmatique entre philosophie et politique», Alain Badiou, Germina

– «Rhapsodie pour le théâtre», Alain Badiou, Le spectateur français

– «L’antisémitisme partout», Alain Badiou et Eric Hazan, La Fabrique

– «Profanations», Giorgio Agamben, Rivages poche

– «La Puissance de la pensée», Giorgio Agamben, Rivages poche

– «L’amitié», Giorgio Agamben, Rivages poche

– «Moyens sans fins», Giorgio Agamben, Rivages poche

– «Le partage du sensible», Jacques Rancière, La Fabrique

– «Le maître ignorant», Jacques Rancière, Fayard

– «Heroes are Heroes», Manuel Joseph, P.O.L.

– «La tête au carré», Manuel Joseph, P.O.L.

– «La sécurité des personnes et des biens», Manuel Joseph, P.O.L.

– «L’insurrection qui vient», Comité invisible, La Fabrique

– «Théorie du Bloom», Tiqqun, La Fabrique

Thomas Hirschhorn, 2011/14