«Emergency Library»

“Emergency Library” was published as an insert in ‘Old News’, Issue n°2, 2006: download as PDF

J’ai choisi 37 livres qui sont importants pour moi. Chacun de ces livres est important pour moi. La question est que je ne peux pas me passer de ces livres que j’ai choisis. Ce sont des livres qui affirment une signification qui leur est propre, au delà du sens. Ce sont des affirmations de sens. Ce qui est important c’est que ce soient des affirmations, et qu’elles soient insistantes. J’ai voulu faire ces livres très grands, afin de pouvoir être moi-même engagé et impliqué vis-à-vis de leur insistance. Les agrandir leur donne en quelque sorte une qualité d’objet. Je voulais mettre les livres que j’avais choisis face à leur simple « contenu ». Les défendre contre leur contenu et non pas les distancer de leur contenu. Montrer que l’affirmation du sens qu’ils représentent dépasse tout ce qui concerne uniquement le contenu. Ces livres trahissent leur propre contenu en insistant sur autre chose que seulement sur leur contenu. Ce n’est pas pour leur contenu que j’aime ces livres. Je les aime en tant qu’actes de résistance, en tant qu’exigences absolues. Parce qu’ils sont à la fois exigeants et trop exigeants.

Je veux expliquer en quelques mots pourquoi j’ai choisi ces 37 livres et pourquoi ils sont nécessaires pour moi:

I have chosen 37 books that are important to me. Each of these books is important to me. The issue is that I cannot do without the books that I have chosen. They are books that assert a sense of their own, beyond meaning. They are assertions of sense. It is important that these are assertions, and that they be insist. I wanted to make the books very big, so that I could engage and commit myself vis-à-vis their insistence. Enlarging them gives them something of the quality of objects. I wanted to set the books that I had chosen against their mere ‘content’. To defend them against their content, not to distance them from their content. But to show that the assertion of meaning they represent leaves behind everything concerned merely with content. These books betray their own content by insisting on something other than their content. I do not love these books for their content. I love them as acts of resistance, as absolute demands. Because they both demand and demand too much.

With a few words I want to explain why I chose these 37 books and why they are necessary to me:

 

1. Adaskina, Natalia, et Sarabianov, Dimitri, Lioubov Popova, Philippe Sers Editeur, Paris, 1989.

J’ai choisi ce livre parce que la vie et l’œuvre de Lioubov Popova ont été une vie et une œuvre de révolutionnaire. Elle a vécu une vie d’artiste révolutionnaire. Son art avait la force de toucher l’autre, de toucher l’extérieur. Seul l’Art peut – à la hauteur de la réalité – toucher la réalité, et seul l’Art peut – en tant qu’Art – toucher le non-Art. Lioubov Popova était une grande artiste et elle était une travailleuse.

I chose this book because the life and work of Lioubov Popova have been the life and work of a revolutionary. She lived the life of a revolutionary artist. Her artwork had the power of touching the other, of touching the exterior. Art is the only thing that can touch reality – up to the level of reality – and only Art can – as Art – touch the non-Art. Lioubov Popova was a great artist and worker.

2. Althusser, Louis, L’avenir dure longtemps, suivi de Les faits, autobiographies, Editions Stock/lmec, Paris, 1992.

J’ai choisi ce livre parce qu’on ne peut qu’en son nom propre, comme sujet libre, témoigner de sa vie et de ses décisions. Même s’il s’agit du meurtre étrange d’un philosophe qui étrangle sa femme. Le meurtrier déresponsabilisé reprend sa liberté et la responsabilité – pour affirmer avec les phrases de Rousseau : « Regarde ! C’est comme ça que j’ai agi, c’est comme ça que j’ai pensé, c’est comme ça que j’étais. »

I chose this book because it is only possible to be witness in one’s own name, as a free subject, on one’s own life and decisions. Even if it is about a strange murder, a philosopher strangling his wife. The de-responsibilized murderer regains his freedom and responsibility – and asserts with Rousseau : « Behold ! This is how I acted, this is how I thought, this is how I was. »

3. Bachmann, Ingeborg, Franza, Actes Sud, Arles, 1985.

J’ai choisi ce livre parce que l’interprétation est un pouvoir. Franza montre ce pouvoir. Elle est victime de l’interprétation de son homme, du psychiatre. Vivre veut dire : vivre avec des interprétations qui ne sont pas ses propres interprétations. Vivre peut aussi vouloir dire être dépendant de ces interprétations et en mourir. Vivre veut dire aussi se soustraire à ce pouvoir d’interprétation des autres, en se dressant soi-même comme un contre-pouvoir ou une contre-violence pour vivre sa vie en liberté. J’aime Ingeborg Bachmann.

I chose this book because interpretation is a power. Franza describes this power. She is the victim of the interpretation of her man, the psychiatrist. To live means : to live with the interpretations that are not one’s own. To live can also mean to be dependant on these interpretations and to die from it. To live also means to withdraw from the power of other people’s interpretations, building up a counter-power or a counter-violence in order to live one’s own life freely. I love Ingeborg Bachmann.

4. Barron, Stéphanie, Degenerate Art, The Fate of the Avant-Garde in Nazi Germany, Los Angeles County Museum of Art, Harry N. Abrams, Inc., Publishers, New York, 1991.

J’ai choisi ce livre parce que l’Art, en tant qu’Art, est en effet une affirmation de forme qui est absolue, qui dérange, qui inquiète et qui irrite. Personne n’a compté avec cette affirmation et personne n’a voulu cette affirmation. La stupidité du rejet de l’Art par les Nazis est évidente : l’idéologie esthétique des Nazis n’a pas compris que l’Art n’est possible qu’en tant que nouveauté étrange, pour laquelle il n’y a pas d’échelle de valeur ni de critères d’évaluation. L’idéologie esthétique des Nazis n’a pas compris que – pour être de l’Art – l’Art doit toujours aussi toucher le non-Art et que pour être de l’Art, l’Art doit nécessairement établir un lien avec ce qui est contraire à l’Art établi. Gilles Deleuze disait qu’il n’y a de philosophie qu’en relation avec ce qui est non-philosophie. Pour l’Art c‘est la même chose. Ce livre démontre que dans l’exposition « Entartete Kunst », le choix des commissaires s’est, involontairement mais irrémédiablement, porté sur l’Art le plus fort, le plus beau, le plus important !

I chose this book because Art, as Art, is indeed an affirmation of form which is absolute, which bothers, disturbs and annoys. No one has taken account of this affirmation and no one wanted this affirmation. The stupidity of the Nazis rejection of Art is obvious : the Nazis aesthetic ideology did not understand that Art is only possible as something new and strange, without any scale of values or evaluation criteria. The Nazi aesthetic ideology did not understand that – to be Art – Art must always also touch non-Art and to be Art, Art must necessarily establish a link with what is against the established Art. Gilles Deleuze said that philosophy exists only in relation to what is non-philosophy. It is the same with Art. This book shows that in the exhibition « Entartete Kunst », the curators have, unwillingly but irremediably, chosen the strongest, the most beautiful, the most important Art !

5. Bataille, Georges, Les Larmes d’Eros, Editions Pauvert, Paris, 1981.

J’ai choisi ce livre parce que c’est d’abord un livre d’images. Ces images démontrent, comme l’histoire de la philosophie, que l’homme existe seulement en tant que sujet de l’auto-transgression, de l’extase. C’est l’histoire douloureuse d’un immense effort sur soi-même, en tant que sujet érotique. Etre sujet veut dire se confronter à une auto-dépense élémentaire. Je suis un fan de Georges Bataille. Il est un des rares philosophes qui a vécu, qui a un véritable vécu.

I chose this book because it is a book of images before anything else. These images show, like the history of philosophy, that the human being exists only as subjects of self-transgression and ecstasy. It is the painful story of the immense effort the self must make as an erotic subject. Being a subject means confronting oneself with elementary self-expenditure. I am a fan of Georges Bataille. He is one of the rare philosophers who lived fully, who really had a life.

6. Bataille, Georges, La Part Maudite, précédé de La notion de dépense, Les Editions de Minuit, Paris, 1967.

J’ai choisi ce livre parce que rien n’a plus de valeur que ce qui n’a pas de valeur, que ce qu’on ne peut pas traduire dans une échelle de valeurs. La valeur réelle commence là où le système des valeurs, des sens et des importances perce l’économie. Bataille décrit que ce qui fait d’un sujet qu’il est sujet, ce n’est pas la capitalisation, l’héritage, l’accumulation, mais la dépense. Le moment de cette dépense absolue du sujet est le moment de la création de soi-même et de la constitution-de-soi. C’est le moment de la souveraineté totale. Le texte La notion de dépense est révolutionnaire.

I chose this book because nothing has more value than that which has no value, and which cannot be translated on a scale of values. Real value begins where the system of values and the system of meaning and of importance breaks through economy. Bataille describes what makes a subject a subject, and that is neither capitalization, nor heritage, nor accumulation, it is expenditure. The moment of absolute expenditure of the subject is the moment of creation of the self and self-constitution. It is the moment of total sovereignty. La notion de dépense is a revolutionary text.

7. Beuys, Joseph, Jeder Mensch ein Künstler, Ullstein Sachbuch, 1988.

J’ai choisi ce livre parce que Joseph Beuys fait appel à la force créatrice de l’homme. « Jeder Mensch ist ein Künstler » veut dire : chacun est un sujet, chacun peut s’affirmer comme sujet, chacun peut prendre l’autorité sur ses actes et ses décisions. Car il n’y a d’Art que comme affirmation. L’homme qui s’affirme en tant qu’artiste s’affirme en même temps en tant qu’être humain, comme homme qui revendique l’autorité sur sa vie. C’est pour cela que l’Art travaille à la création d’un nouvel homme, il ne concrétise pas un concept existant de l’humanité. L’Art décide de ce qu’est l’homme, de ce qu’il devrait être. Joseph Beuys a compris la responsabilité de l’Art pour l’homme en devenir. Joseph Beuys m’a aidé.

I chose this book because Joseph Beuys calls upon the creative force of humankind. « Jeder Mensch ist ein Künstler » means : every person is a subject and may assert him/herself as a subject and take authority over his/her acts and decisions. Because Art exists as an assertion only. The person who asserts him/herself as an artist does so also as a human being, as a person who takes authority over his/her own life. This is why Art works towards the creation of new human beings, it does not simply concretize an existing concept of humanity. Art decides what human beings should or should not be. Joseph Beuys understood Art’s responsibility for the human beings in a state of becoming. Joseph Beuys helped me.

8. Bove, Emmanuel, Mémoires d’un homme singulier, Calmann-Lévy, Paris, 1994.

J’ai choisi ce livre parce que je l’aime. Je ne l’aime pas pour son contenu, je ne l’aime pas pour l’histoire, je ne l’aime pas pour son auteur. Mais j’aime ce livre comme une résistance, comme une exigence absolue. Ce livre est une exigence pure. Ce livre me met en surmenage.

I chose this book because I love it. I do not love it for its content, neither do I love it for its story, nor for the author. But I love this book like a form of resistance or absolute exigency. This book is pure exigency. This book puts me in a state of overwork.

9. Bove, Emmanuel, Mes amis, Flammarion, Paris, 1977.

J’ai choisi ce livre parce que Emmanuel Bove est d’accord avec une certaine cruauté du réel. Il est d’accord pour – à l’intérieur du réel, à l’intérieur de la cruauté – établir une pratique d’amour et de solidarité avec les victimes de cette cruauté même. Emmanuel Bove lutte contre la sentimentalité, le kitsch et la bêtise.

I chose this book because Emmanuel Bove agrees with a certain cruelty of reality. He agrees – within reality, within cruelty – to establish a practice of love and solidarity with the victims of this cruelty. Emmanuel Bove fights against sentimentality, kitsch and stupidity.

10. Boyle, T.C., Si le fleuve était whisky, Grasset, 1992.

J’ai choisi ce livre parce que T.C. Boyle y est impitoyable. Il est impitoyable avec la société qu’il décrit. Mais pour être impitoyable et donc crédible, il est d’abord impitoyable et cruel avec lui-même.

I chose this book because T.C. Boyle is ruthless in it. He is ruthless with the society he describes. But in order to be credible, he is ruthless and cruel with himself first of all.

11. Carver, Raymond, Parlez-moi d’amour, Editions Mazarine, Paris, 1986.

J’ai choisi ce livre parce que c’est un livre qui affirme. Ce livre affirme quelque chose au-delà du sens. C’est une « sens-affirmation » et une affirmation du sens. Il est important que ce livre affirme, qu’il insiste, et qu’il insiste lourdement. Raymond Carver est lourd.

I chose this book because it is an assertion. This book asserts something beyond meaning. It is a « meaning-affirmation » and an affirmation of meaning. It is important for this book to assert things, to insist upon them, and to heavily insist. Raymond Carver is heavy.

12. Carver, Raymond, Là où les eaux se mêlent, Editions L’incertain, 1993.

J’ai choisi ce livre parce qu’il est indispensable et nécessaire. Ce livre est nécessaire pour moi car chaque livre compte. Tous les livres ont la même valeur. Avoir de la valeur ne veut pas dire être important. Aucun livre n’est pas important, aucun livre n’est pas plein de valeurs. Même des « mauvais livres » ont de la « valeur ». Il ne s’agit pas de valeur, il ne s’agit jamais des valeurs. Il s’agit pour un livre d’être indispensable.

I chose this book because it is indispensable and necessary. This book is necessary to me because every book counts. All books have the same value. Having a value doesn’t mean being important. No book is unimportant, no book is not full of value. Even « bad books » have a « value ». It’s not about value and it’s never about values. It’s about being an indispensable book.

13. De Duve, Thierry, Nominalisme pictural, Marcel Duchamp, la peinture et la modernité, Les Editions de Minuit, Paris, 1984.

J’ai choisi ce livre parce que dans ce livre, l’auteur Thierry De Duve décrit en détail, sans pitié, avec clarté et avec précision l’école où j’ai étudié : la « Kunstgewerbeschule ». Entre Bauhaus, Ulm, Werkbund, Ecole des Arts Appliqués, Ecole des Beaux Arts, Ecole des Arts Décoratifs, l’auteur décrit les liens, les influences mais aussi les différences entre ces écoles. Dans ce livre Thierry De Duve me prend au sérieux.

I chose this book because the author Thierry De Duve minutely and pitilessly describes, with clarity and precision the school where I studied : the « Kunstgewerbeschule ». This school is somewhere between the Bauhaus, Ulm, the Werkbund, and the different Parisian Art schools : Ecole des Arts Appliqués, Ecole des Beaux-Arts and Ecole des Arts Décoratifs, and the author describes their links, influences, and also their differences. Thierry De Duve takes me seriously in this book.

14. Deleuze, Gilles, Nietzsche, Presses Universitaires de France, Paris, 1985.

J’ai choisi ce livre parce que Gilles Deleuze décrit Nietzsche comme philosophe de l’affirmation. Ce qui est courageux de la part de Nietzsche est moins qu’il quitte la philosophie établie ; la grande œuvre de Nietzsche est dans la re-création et dans la re-installation de concepts comme Sens et Valeur. La pensée de Nietzsche est créative, elle produit des nouveaux concepts. Gilles Deleuze le démontre. J’aime le travail de Gilles Deleuze. Je n’ai pas besoin de la philosophie pour mon travail d’artiste. J’ai besoin de la philosophie pour vivre.

I chose this book because Gilles Deleuze describes Nietzsche as a philosopher of assertion. Nietzsche’s bravery lies less in the fact that he left the path of established philosophy. The great work of Nietzsche concerns the re-creation and the re-installation of concepts such as Meaning and Value. Nietzsche’s thinking is very creative – it produces new concepts. Gilles Deleuze demonstrates it. I love Gilles Deleuze’s work. I don’t need philosophy for my work as an artist. I need philosophy to live.

15. Deleuze, Gilles, Spinoza, Philosophie pratique, Editions de Minuit, Paris, 1981.

J’ai choisi ce livre parce que Gilles Deleuze m’explique pourquoi Spinoza est important. Parce qu’en lisant Spinoza tout est transcendance. Mais si tout est transcendance il n’y a pas de transcendance. Et s’il n’y a pas de transcendance tout est immanence. Mais si tout est immanence il n’y a pas d’immanence. Spinoza présente un concept sans transcendance et sans immanence. C’est, comme le montre Gilles Deleuze, le concept de l’Ici et Maintenant, c’est le concept de la Vie, le concept comme Vie en tant que sujet sans Dieu. Ce sujet est un sujet actif, un sujet de plaisir et de loisir. Ce sujet est responsable, gai et affirmatif. J’aime le fait que dans un livre je ne comprenne pas tout. J’aime qu’il y ait encore des choses à comprendre.

I chose this book because Gilles Deleuze explains to me why Spinoza is important. Because when you read Spinoza, everything is transcendency. And if everything is transcendency, there exists no transcendancy. And if not transcendency, everything is immanence. But if everything is immanence, there is no immanence. Spinoza presents a concept devoid of transcendency and devoid of immanence. As Gilles Deleuze shows, it is the concept of Here and Now, the concept of Life – Life as a subject without God. An active subject, a subject of pleasure and leisure. A responsible, gay, assertive subject. I enjoy not understanding everything in a book. I like the fact that things remain to be understood.

16. Deleuze, Gilles, et Guattari, Félix, Mille Plateaux, Capitalisme et Schizophrénie, Les Editions de Minuit, Paris, 1980.

J’ai choisi ce livre parce qu’il est magnifique. C’est un livre d’éthique. Il remplace les hiérarchies du système des architectes de la raison (Kant, Hegel) par un agencement de cercles ininterrompus. Deleuze et Guattari disent qu’il s’agit de l’histoire universelle, mais d’une histoire contingente. Mille Plateaux est le livre des Plans et de la Diversité, de la Singularité et Pluralité du devenir. C’est un livre « outil ». Il me demande de monter dans la machine de combat pour lutter contre la guerre et contre l’Etat. Le sujet des Plans est guerrier. C’est un sujet de fuite, de liberté, de l’auto-libération. Avec ce livre la philosophie pénètre dans une nouvelle phase de responsabilité générale. Je peux remplacer le mot « philosophie » par le mot « Art ». Je veux me servir de ce livre.

I chose this book because it is wonderful. It is a book of ethics, replacing the hierarchy of the architects of reason (Kant, Hegel) by an arrangement of uninterrupted circles. Deleuze and Guattari say that it is about universal history, but contingent history. Mille Plateaux is the book of Plans and of Diversity, of the Singularity and Plurality of becoming. It is a « tool » book. It invites me to climb onto the fighting machine to combat against war and against the State. The subject in Plans is a warrior. Subject to flight, freedom and self-liberation. Philosophy enters a new phase of general responsibility with this book. I can replace the word « philosophy » with the word « Art ». I want to use this book.

17. Duchamp, Marcel, Ingénieur du temps perdu, entretien avec Pierre Cabanne, Editions Belfond, Paris 1977.

J’ai choisi ce livre parce qu’en lisant ce livre, j’ai compris que Marcel Duchamp – en signant un Ready-made qui n’a pas de signature – n’éradique pas la signature en tant que signe de qualité d’auteur mais qu’il la renforce en l’affirmant même. Duchamp ne nie pas la qualité d’auteur, il crée un nouveau concept d’auteur, il installe un nouveau sujet d’auteur. Marcel Duchamp réaffirme l’importance de l’auteur !

I chose this book because I understood, when reading this book, that by signing a Ready-made which has no signature, Marcel Duchamp does not eradicate the signature as sign of authorship, but reinforces it by asserting it. Duchamp does not deny authorship, he creates a new concept of author, and establishes a new author subject. Marcel Duchamp reaffirms the importance of the author !

18. Fassbinder, Rainer Werner, Les films libèrent la tête, L’Arche, Paris, 1985.

J’ai choisi ce livre parce que le sujet de l’Art ne se cache pas, il se manifeste haut et fort. Il s’autorise lui-même comme autorité d’une action, une action qui n’est jamais complètement contrôlée : Rainer Fassbinder prend la responsabilité pour le risque d’agir et cette responsabilité est définitivement dans sa non-calculabilité. Il n’y a de responsabilité qu’en face de quelque chose d’incalculable et de non contrôlable. Si les décisions et les actes étaient calculables, il n’y aurait pas besoin d’en prendre la responsabilité. Ce livre me donne du courage.

I chose this book because the Art subject does not conceal itself, it is openly and strongly manifest. It allows itself as authority of an action, an action which is never entirely controlled : Rainer Fassbinder takes on the responsibility for the risk to act, and this responsibility is definitively within its non-calculability. Only toward something incalculable and uncontrollable is there a responsibility. If decisions and acts were controllable, it would not be necessary to take on responsibility. This book gives me courage.

19. Freundlich, Otto, Otto Freundlich Schriften, Heraus gegeben von UN Bohnen, DuMont Buchverlag Köln, 1982.

J’ai choisi ce livre parce qu’Otto Freundlich avec son œuvre touche dans l’Art pur quelque chose d’étranger à l’Art, quelque chose qui dépasse radicalement l’Art. Parce que l’Art spirituellement puissant d’Otto Freundlich reste fidèle à l’Art, sans sociologie, sans politique, et il réussit ainsi à toucher l’autre. J’aime le concept d’« abstraction spirituelle ».

I chose this book because Otto Freundlich touches on something foreign to Art in pure Art with his work, something that is radically beyond Art. Because Otto Freundlich’s spiritually powerful Art remains faithful to Art, with no sociology or politics, thereby it is able to reach the other. I love the concept of « spiritual abstraction ».

20. Harnoncourt, Anne (d’), McShine, Kynaston, Marcel Duchamp, The Museum of Modern Art, NY, and Philadelphia Museum of Art, Prestel Verlag Munich, 1989.

J’ai choisi ce livre parce que c’est un document qui atteste que Marcel Duchamp a changé, par son travail, l’histoire de l’Art. Je l’ai acheté à Philadelphie après avoir visité le Museum of Art. La confrontation avec les œuvres de Marcel Duchamp dans la « Louise and Walter Arensberg Collection » m’a apporté la conviction et aussi la merveilleuse expérience qu’une œuvre d’Art en soi, en tant qu’œuvre d’Art peut créer les conditions d’un dialogue avec elle. D’un à un. Jamais auparavant je n’avais saisi la capacité de dialogue d’une œuvre d’Art – de toute œuvre – d’une manière si évidente et lumineuse. Je m’étais impliqué ! J’étais heureux.

I chose this book because it is a document testifying how Art history has been changed by the work of Marcel Duchamp. I bought it in Philadelphia after visiting the Museum of Art. Confronting the works of Marcel Duchamp at the « Louise and Walter Arensberg Collection » convinced me and gave me the wonderful experience that an Artwork as such, as Artwork, can create the conditions of a dialogue with it. Individually. Never before had I been struck by the capacity of dialogue of an Artwork – any kind of work – in such an obvious and luminous way. I got involved ! I felt happy.

21. Immendorff, Jörg, Hier und Jetzt: Das Tun, Was zu tun ist, Verlag Gebr. König – Köln – New York, 1973.

J’ai choisi ce livre parce qu’Immendorff demande, me demande : « Où est ta position, où est ta place ? Où es-tu avec ton Art, camarade ? » Parce que cette question est la question que chacun doit se poser tout le temps : « Qu’est-ce que je veux ? Qu’est-ce qu’il y a à faire ? Pourquoi je lutte, pourquoi je me bats, maintenant et ici ? »

I chose this book because Immendorff asks me : « Where is your position ? Where do you stand ? Where are you in your Art, comrade ? » Because this question is the question each person should ask him/herself all the time : « What do I want ? What is there to do ? Why am I struggling, why am I fighting, here and now ? »

22. Jensen, Jens Christian, Caspar David Friedrich, Leben und Werk, DuMont Taschenbücher, Köln, 1991.

J’ai choisi ce livre parce que Caspar David Friedrich est un peintre extrême. Les peintures de Friedrich sont extrêmes, parce que leur vision porte loin, ouvre sur un ciel immense et sans fin. Ses peintures se réfèrent à l’infini. Ses petits formats créent des espace extrêmement grands. Il y a de la précision dans le détail, dans cet infiniment petit. Caspar David Friedrich n’a rien à voir avec le « Romantisme Allemand ». Ses peintures sont tendues, sur-tendues. Il est un extrémiste.

I chose this book because Caspar David Friedrich is an extreme painter. Friedrich’s paintings are extreme, because their vision stretches out, opening onto an endless sky. His paintings refer to infinity itself. His smaller-sized paintings create extremely large spaces. There is precision in the details in this infinitely small. Caspar David Friedrich has nothing to do with « German Romanticism ». His paintings are overtly tense. He is an extremist.

23. Joseph, Manuel, Heroes are Heroes, P.O.L, Paris, 1994.

J’ai choisi ce livre parce que Manuel Joseph est un résistant, il est nuisible. Manuel Joseph fait confiance à la force du mot « poétique » et il croit à l’intensité de la pure poésie. Je travaille avec Manuel Joseph. J’essaie d’intégrer ses textes dans mon travail. Je veux leur donner de l’espace et du temps. « Les textes résistent », dit Manuel Joseph. Je veux que mon travail devienne un avec ses textes.

I chose this book because Manuel Joseph is a resister, he is noxious. Manuel Joseph trusts the power of the « poetic » word and he believes in the intensity of pure poetry. I work with Manuel Joseph. I try to integrate his texts into my work. I would like to give them space and time. « Texts resist », Manuel Joseph says. I would like my work to be one with his texts.

24. Léger, Fernand, Fonctions de la peinture, Editions Gallimard, Paris, 1997.

J’ai choisi ce livre parce que j’ai voulu m’engager vis-à-vis de son existence même. Il s’agissait de dresser, de mettre debout le livre contre son contenu seul. J’ai voulu défendre le livre contre son contenu. Non pas pour l’éloigner de son contenu. Mais pour démontrer que l’affirmation du sens que ce livre représente dépasse son propre contenu. Ce livre agrandi va au-delà de son propre contenu parce qu’il insiste sur quelque chose d’autre que son contenu. Quelque chose d’autre que les Fonctions de la peinture.

I chose this book because I wanted to commit myself towards its actual existence. It meant that the book had to stand up against its content alone. I wanted to defend the book against its content. Not to move it away from its content. But to show that the assertion of meaning represented by this book has overtaken its own content. This enlarged book goes beyond its own content because it insists on something other than its content. Something other than the Fonctions de la peinture.

25. Nolde, Emil, Das Eigene Leben, DuMont Buchverlag Köln, 1994.

J’ai choisi ce livre parce qu’Emil Nolde voulait quelque chose. Il avait du courage et il était volontaire. Son œuvre est une œuvre courageuse. Rien n’est moins indispensable et moins supportable qu’un « Art » qui ne sait pas pourquoi il est fait et un « Art » qui ne veut rien. Au sujet d’Emil Nolde j’ai lu : « Nur Leichtes hat es leicht ».

I chose this book because Emil Nolde wanted something. He was brave and he had willpower. His work is courageous. Nothing is less indispensable and less bearable than « Art » that doesn’t know why it has been made and « Art » that wants nothing. About Emil Nolde I read : « Nur Leichtes hat es leicht ».

26. Oppenheim, Meret, Poèmes et carnets, (1928-1985), Christian Bourgois Editeur, Paris, 1993.

J’ai choisi ce livre parce que Meret Oppenheim est libre avec ce qui est propre à elle-même. Elle se bat pour être libre. Elle y décrit ses rêves. Dans ce livre Meret Oppenheim décrit comment l’attitude patriarcale en elle-même dévalorise le féminin en elle – le tue -, et qu’en même temps, comme elle a toujours fait, elle s’empêche de développer en elle-même le masculin pour parvenir ainsi à former un tout. C’est un livre ouvert et en devenir.

I chose this book because Meret Oppenheim is free about what makes her so particular. She fights to be free. She describes her dreams. In this book, Meret Oppenheim describes how her own patriarchal attitude toward herself de-valorises her femininity – kills it -, and that at the same time, as she has always done, she prevents herself from developing her masculine side in order to create a whole. This book is open, it is in becoming.

27. Oiticica, Hélio, Galerie Nationale du Jeu de Paume, Paris, 1992.

J’ai choisi ce livre parce que c’est un outil. C’est un bel outil. C’est un catalogue qui est un outil de travail pour s’informer sur, et comprendre l’œuvre d’Oiticica. C’est un outil du savoir sur le travail d’un grand artiste. C’est un livre sobre, dépouillé, simple, essentiel et riche. J’ai découvert le travail de cet artiste grâce à l’exposition au Jeu de Paume à Paris et grâce à ce catalogue magnifique.

I chose this book because it is a tool. And a beautiful tool. It is a catalogue that is a working tool – to inform about and to understand Oiticica’s work. It is a knowledge tool on the work of a great artist. It is a sober, stark, simple, essential, rich book. I discovered the work of this artist in his exhibition at the Jeu de Paume in Paris, and thanks to this magnificent catalogue.

28. Pachnicke, Peter, and Honnef, Klaus, John Heartfield, Harry N. Abrams, Inc., Publishers, New York, 1992.

J’ai choisi ce livre parce que John Heartfield a proclamé : « Utilise la photographie comme une arme ! ». Il l’a fait. John Heartfield participait à la première exposition Dada International à Berlin en 1920, dont je porte toujours l’image magique avec moi. Il a fait des collages. Ce qui m’intéresse dans le collage c’est son universalité et sa simplicité. Ce qui m’intéresse, c’est le non-professionnalisme du collage ; tout le monde a déjà fait un collage ! J’aime l’affirmation d’un collage qui crée une nouvelle réalité avec des éléments existants.

I chose this book because John Heartfield declared : « Use photography as a weapon ! ». He did it. John Heartfield was participating in the first International Dada Exhibition in Berlin, in 1920. I always carry its magical picture with me. He made collages. What interests me about collage is its universality and its simplicity. What I am interested in, is the un-professionalism of the collage : everyone has once made a collage ! I like the affirmation of a collage, and how it creates a new reality with existing elements.

29. Pasolini, Pier Paolo, Unter freiem Himmel, Verlag Klaus Wagenbach, Berlin, 1982.

J’ai choisi ce livre parce que Pasolini écrit ses poèmes en tant qu’acte de résistance. Résistance n’est pas négativité et résistance n’est pas dénégation. Car négativité et dénégation incluent l’homme dans sa dépendance. Résistance est un acte de l’affirmation et de l’auto-engagement. Dans la résistance l’homme libre s’articule comme un sujet qui veut une autre vie. C’est pour cela que l’homme qui résiste veut quelque chose par lui-même. Vouloir quelque chose veut dire vouloir plus et le vouloir différemment de ce qui est possible actuellement. Résister veut dire vouloir l’impossible.

I chose this book because Pasolini wrote these poems as act of resistance. Resistance is not negativity, and resistance is not denial. Because negativity and denial include man in his own dependency. Resistance is an act of affirmation and self-commitment. By resisting, the free individual articulates himself as a subject who wants a different life. This is why the resisting individual is self-willed. To want something means to want more and differently than the actual possible. To resist means to want the impossible.

30. Sade, Histoire de Juliette, ou les Prospérités du vice, parties IV à VI, Tome Neuvième, Editions Pauvert, 1987.

J’ai choisi ce livre parce que ce livre est une blessure-unique, selon Blanchot. Aucun autre livre ne peut se mesurer avec l’indécence de ce livre, et aucun autre livre n’a provoqué autant de malentendus, un malentendu qui perdure autant qu’existe le livre et ses lecteurs. Sade est devenu le protagoniste du scandale. C’est le scandale de la liberté et de la fantaisie, que contient chaque œuvre d’Art, aussi discrète qu’elle soit. Le scandale que nous relions au Marquis de Sade est plus que la provocation de la morale. Sade et son Art refusent de se limiter dans cette quête qu’est la quête pour être libre. C’est pour cela qu’il est le plus pudique parmi les grands insolents ! Il est pour l’insolence de l’Art qui refuse de se laisser restreindre sa liberté.

I chose this book because it is a unique wound, according to Blanchot. No other book can equal its indecency, or provoke as much misunderstanding or misapprehension that will continue as long as the book and its readers exist. Sade has become the protagonist of the scandal, the scandal of freedom and fantasy in every work of Art, as discreet as it may be. The scandal that we link to the Marquis de Sade goes beyond provoking of morale. Sade and his Art refuse to be limited in their quest, which is the quest for freedom. This is why he is the most modest of all great insolent people. He is for the insolence of an Art that refuses to have its freedom restricted by others.

31. Schmidt, Arno, Zettel‘s Traum, Fischer Taschenbuch Verlag, Frankfurt am Main, 2002.

J’ai choisi ce livre parce que Zettel’s Traum rompt avec l’idéologie de la « consommabilité » des livres. Il n’y a aucune raison pour laquelle un livre devrait faire un pas vers de possibles lecteurs. Les grands livres ne sont pas lus pour être compris. Il ne s’agit jamais de la compréhension. Il s’agit de faire une expérience. Les livres qui m’intéressent sont les livres que je ne comprends pas. Les livres qui me demandent trop. Les livres qui m’obligent à entrer dans une confrontation avec ce que je ne sais pas. Emma Kunz pouvait saisir le contenu d’un livre seulement en posant sa main dessus.

I chose this book because Zettel’s Traum breaks away from the ideology of the « consumer-ness » of books. There is no reason for a book to compromise toward possible readers. Great books are not read to be understood. Understanding is never the point. The point is to experience something. The books that I am interested in are books that I don’t understand. Books that demand too much of me. Books that oblige me to confront what I don’t know. Emma Kunz was able to catch the meaning of a book only by putting her hand on it.

32. Seelig, Carl, Wanderungen mit Robert Walser, Suhrkamp Verlag, 1977.

J’ai choisi ce livre parce qu’il démontre la force d’âme de Robert Walser, sa puissance. La force d’âme de Robert Walser n’atteint que nous qui aimons Robert Walser. Sa force d’âme m’atteint, moi, qui aime Robert Walser, nous qui l’aimons d’un amour possessif, d’un amour exclusif et égoïste. Je ne veux partager cet amour avec personne d’autre. C’est seulement moi qui ait « compris » Robert Walser !

I chose this book because it shows the force of Robert Walser’s soul, it shows his strength. The strength of Robert Walser’s soul only reaches those among us who love Robert Walser. The strength of his soul reaches me, I who love Robert Walser, and us who love him possessively, exclusively, selfishly. I do not want to share this love with anyone else. I alone have « understood » Robert Walser!

33. Spinoza, Ethique, Presses universitaires de France, Paris, 1990.

J’ai choisi ce livre parce que l’Ethique de Spinoza est toujours un actuel et nécessaire essai pour combattre l’obscurantisme et l’idéalisme philosophique. Lire Spinoza veut dire : accepter d’insister sur la réceptivité et la sensualité, sans abandonner l’idée d’une certaine infinité. Pour commencer avec la philosophie, disait Deleuze, lisez l’Ethique de Spinoza ! J’ouvre souvent ce livre.

I chose this book because Spinoza’s Ethics is still a modern, necessary attempt to fight philosophical obscurantism and idealism. Reading Spinoza means : accepting to insist on receptivity and sensuality without abandoning the idea of a certain type of infinity. As an introduction to philosophy, according to Deleuze, one should start with Spinoza’s Ethics ! I often open this book.

34. Walser, Robert, Der Gehülfe, Suhrkamp TaschenBuch, Zürich, 1985.

J’ai choisi ce livre parce que Der Gehülfe est l’histoire de la perdition existentielle et de l’incertitude existentielle. Robert Walser s’est lui-même égaré. J’aime Robert Walser.

I chose this book because Der Gerhülfe is the story of existential perdition and of existential uncertainty. Robert Walser himself lost his way. I love Robert Walser.

35. Walser, Robert, Geschwister Tanner, Suhrkamp Taschenbuch, Zürich, 1986.

J’ai choisi ce livre parce que Robert Walser est l’écrivain de la gaieté et de la rébellion. Et aussi, parce que je fais partie de la Famille Tanner.

I chose this book because Robert Walser is the writer of gaiety and rebellion. And also because I am part of the Tanner family.

36. Warhol, Andy, Rétrospective, Museum Ludwig, Köln, 1989.

J’ai choisi ce livre parce qu’Andy Warhol était d’accord avec les réalités sociales et économiques dans lesquelles il travaillait. Andy Warhol est l’artiste de l’accord. Il était d’accord avec la société de consommation. Etre d’accord ne veut pas dire approuver tout. Etre d’accord veut dire se confronter aux réalités, là ou elles se trouvent. Etre d’accord est la condition pour la possibilité du rejet ou de l’acceptation. Seul celui qui est d’accord, disait Heiner Müller, peut changer les choses. Etre d’accord nécessite d’être audacieux. Andy Warhol était mon professeur.

I chose this book because Andy Warhol was in agreement with the social and economic realities which he worked in. Andy Warhol is the artist of the agreement. He agreed with consumer society. To agree does nor mean to approve everything. To agree means confronting oneself with different types of reality in the places where they actually are. Being in agreement is the condition that makes rejection or acceptation possible. Only he who agrees, according to Heiner Müller, can change things. To agree requires being audacious. Andy Warhol was my teacher.

37. Zizek, Slavoj, Das Fragile Absolute, Verlag, Volk & Welt, Berlin, 2000.

J’ai choisi ce livre parce que Zizek maintient la radicalité de l’acte et la radicalité de la décision. La décision authentique ne choisit pas parmi des options différentes. Une décision est seulement authentique quand elle produit la dimension de décision elle-même. « L’ héritage Chrétien véritable » a à faire avec cette décision, absolue et libre, d’agir en surpassant ses propres capacités. C’est pour cela que prendre une décision authentique est impossible. C’est une mission impossible. Malgré cela elle est – dans son impossibilité – une décision pour une mission impossible. Toute autre chose est un compromis.

I chose this book because Zizek maintains the radicality of the act and the radicality of decision. Authentic decision doesn’t chose between different options. A decision is only authentic when it produces the dimension of the decision itself. « The true Christian heritage » has something to do with this free, absolute decision to act beyond one’s own capacities. This is why the authentic decision is impossible to make. That’s an impossible mission. In spite of this, the decision – in its impossibility – is a decision for an impossible mission. Everything else is compromise.