A propos de la fin du “Deleuze-Monument”

Le « Deleuze-Monument » a été démonté en accord avec l’équipe des habitants de la cité Champfleury dans la semaine du 15 au 28 juillet 2000. J’ai en effet constaté lors de mon passage en Avignon le 11 juillet que l’expérience « Deleuze-Monument » touchait à sa fin, c’est à dire, il manquait les téléviseurs et les magnétoscopes dans la « Bibliothèque », qui par ailleurs n’a plus été entretenu depuis quelques jours. En fait ce qui s’est passé c’est dans la première semaine de juillet un magnétoscope a été volé par des personnes qui n’habitent pas le quartier. L’équipe de Champfleury avait alors pris la décision de mettre en sécurité le reste du matériel (les 4 téléviseurs, les 3 magnétoscopes restants) et ils les ont démontés pour les stoker dans notre local. Evidemment sans les vidéos, la partie « Bibliothèque » du « Deleuze-Monument » perdait son sens et s’est vite trouvée abandonnée. (Il n’y avait plus rien à garder dedans). L’électricité dans la « Bibliothèque » n’était plus nécessaire non plus et la nuit sans sa lumière n’avait plus aucune vie, et plus aucune protection. J’ai constaté cela trop tard, ce qui est mon erreur, car j’ai été absent d’Avignon. En effet, il faut clairement énoncer plusieurs choses pour les gens mal informés, bien pensants ou pour les gens intéressés que par le succès ou l’échec : la durée d’une expérience « Deleuze-Monument » dépend de plusieurs facteurs mais elle fait surtout partie de l’œuvre précaire même. Donc elle dépend des choix d’une ou plusieurs personnes, c’est ce qui fait que l’œuvre est précaire ! Les facteurs sont la vie du quartier, l’implication et l’acceptation de sa population, la préparation et le suivi par l’artiste et des moyens mis à disposition. Je pense que ces facteurs cumulés déterminent la durée de vie d’un travail comme, le « Deleuze-Monument » en dehors de la décision de l’artiste de donner fin à l’expérience. Pour ma part, il faut dire que, la préparation, malgré les difficultés rencontrés en Avignon, auprès de la Mission 2000 était juste la rencontre avec les habitants du quartier réelle. Le montage du « Deleuze-Monument » était dense, fort et je pense une expérience artistique avec une intensité qui allait à la limite de ce que je peux faire. Elle m’a enrichie en questionnement, en doute mais aussi en confiance et combativité. Ce que je pense que nous avons, dans les trois jours du vernissage du « Deleuze-Monument », pu démontrer. Ce que j’ai par contre sous-estimé et d’ailleurs dès le début, c’était le suivi, la phase (en fait la plus importante) de l’exposition du « Deleuze-Monument ». Je n’était pas assez présent (1 fois de visite par semaine n’était de loin pas suffisant). Aussi, j’ai sous-estimé la fatigue, la charge de travail et l’importance du travail de « permanence, surveillance » ou « gardiennage » que nécessite ce genre de proposition. Je dois pour un prochain monument absolument incorporer cette question au début du projet. En comptant les moyens nécessaires dans le budget d’emblée. Je ne l’avais pas (ou pas suffisamment) fait pour « Deleuze-Monument ». J’ai été obligé d’inventer un « système de présence » dans ou autour du monument qui n’était, à cause du manque d’argent pas cohérent avec la tâche demandé à l’équipe des habitants. Eux, d’ailleurs étaient lucides sur la question et m’ont toujours fait remarqué le manque de moyens pour ce qu’ils appellent la « surveillance ». Terme que je n’aime pas, mais qui était certainement approprié à Champfleury. J’ai donc essayé, en catastrophe de trouver plus d’argent pour prolonger la durée de l’œuvre qui a rencontré un intérêt croissant, mais cet intérêt n’était pas relayé dans les actes, c’est à dire le déblocage de la somme d’argent nécessaire pour payer mieux « les gardiens » qui étaient des gens du quartier, et non pas des vigiles, ne se faisait pas. C’est une des réalités que je dois prendre en compte beaucoup plus sérieusement dès le début d’un nouveau projet de cette envergure et de cette ambition. Je dois finalement prévoir ma présence, la présence de l’artiste, d’une manière presque continue pendant toute la durée de l’exposition.

T.H., fin 2000